Interview Exclusive : Alexandre Alerini, écrivain et aventureux à tendance gaia


‘Personne au monde n’a le droit de dire, à qui que ce soit, que son amour pour un autre être humain est moralement prohibé.’

C’est avec cette puissante citation de Barbara Streisand qu’on démarre la ‘Tronche de cake ou le petit zamel’ d’Alexandre Alerini. Un écrivain d’origine Marocaine, Tunisienne et Française. Tous à la fois.

Auteur de ‘Vendredi Treize ou les mémoires secrets de Sir Robinson Crusoé’ dont j’avais la chance de le lire. Une merveilleuse histoire pleine d’amour, tolérance, amitié et d’humour avec aussi un grand zeste de sexe comme le décrit Bruno Masure, un journaliste chroniquer qui préface le roman.

J’avais beaucoup de plaisir à échanger avec Alexandre et je vous parviens ici une interview exclusive pour Gayday Magazine :  

Gayday : Alexandre Alerini, qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?

Alexandre Alerini : La colère ! Je suis un grand dévoreur de livres et je m’intéresse à toutes les littératures : française, américaine, chinoise, arabe, etc. Un jour, je suis tombé sur un roman d’un journaliste de Paris Match « La vie sexuelle de Robinson Crusoë ». En tant que gay, ce titre m’a interpellé et je l’ai lu, croyant à une histoire d’amour entre Robinson et Vendredi. Horreur ! Robinson était un raciste sadique et négrier (dans ce roman). Il violait Vendredi, aussi bien que des perroquets ou des femmes. Alors, la colère m’a pris, et j’ai décidé d’écrire la « vraie histoire d’amour de Robinson Crusoë et de son beau Vendredi ». Puis, dans la foulée, j’ai pensé à mon enfance heureuse au Maroc et « Tronche de cake » est né… par amour !

 

Gd : Si nous nous trouvions dans l’ascenceur d’un gratte-ciel, entre le rez-de-chaussée et le 100e étage, que me diriez-vous sur votre livre pour me donner envie de le lire avant que les portes ne s’ouvrent au sommet ?

A. A. : Je vous dirais que c’est tout simplement une histoire d’Amour… qui se répète. Les histoires d’amour sont toutes les mêmes. C’est à dire que les sentiments que l’on ressent en présence de « l’autre », que l’on soit un garçon ou une fille, un homo ou un hétéro, ne sont guère différents. La passion, la jalousie, la trahison, l’espoir, l’attirance sexuelle, la lassitude, sont universels. Seule la façon dont nous nous comportons avec l’être aimé nous différencie. Certains d’entre nous aiment ceux qui les flattent, qui les adulent et s’en servent comme de simples objets de satisfaction immédiate et je dirais « d’hygiène corporelle » D’autres, par contre, pensent d’abord à l’objet de leur amour avant de penser à eux mêmes. L’adolescence est l’apprentissage de l’altérité : l’autre est différent de moi, même si nous sommes deux garçons ou deux filles. Chacun de nous a une histoire, une famille, une culture, une religion, (même si l’on est athée) des goûts et des espoirs personnels. C’est pourquoi, pour que l’amour soit vrai, il faut accepter l’autre tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts, ses joies et ses peines, ses plaisirs et ses dégouts. Il y a du « Roméo et Juliette » même dans des histoires d’amour entre deux garçons, comme vous pourrez le lire avec l’histoire de Rachid, le petit prince de Fez.

STOP : nous sommes arrivés au 100e étage !

 

Gd : A quel degré peut-on considérer que votre roman est autobiographique ?

A. A. : Pour vous provoquer, je dirais que tous les romans contiennent une part d’autobiographie et que les biographies sont, la plupart du temps, romancées. Les auteurs mélangent souvent la vérité et les fantasmes. D’ailleurs Flaubert lui-même a écrit : « Madame Bovary, c’est moi ! ». Seuls les biographes non officiels peuvent, peut-être, raconter la vérité, si tant est qu’ils la connaissent réellement ! Mais même eux peuvent travestir la vérité. J’ai lu récemment une biographie de Lawrence d’Arabie dont l’auteur niait absolument que ce Grand Homme ait été amoureux fou d’un petit berger arabe. « Ce ne sont que des racontars de jaloux » a-t-il osé écrire !

 

Gd : Selon vous, quel est le défi le plus difficile à relever quand il s’agit d’écrire des romans dont les évènements se sont déroulés dans le passé ?

A.A. : C’est de faire entrer la petite histoire dans la grande. Je m’explique : Alexandre Dumas a fait beaucoup plus pour intéresser les jeunes à l’histoire de France que certains historiens ennuyeux qui se sont contentés de relater platement les faits. Et même si Dumas a enjolivé l’histoire des trois mousquetaires, c’est grâce à lui que des milliers de jeunes savent maintenant qui était le cardinal de Richelieu ou le duc de Buckingam ! Qui pourrait dire, maintenant, que d’Artagnan n’existait pas ?

 

Gd : J’ai remarqué la description de la vie quotidienne au Maroc, et l’utilisation du dialecte marocain dans votre roman. Cela a-t-il un rapport avec vos lecteurs cibles ?

A.A. : Tout à fait, vous avez raison. J’ai voulu faire découvrir aux lecteurs français tout l’amour que je porte à mon pays (le Maroc) car je me sens plus Marocain que Français, et j’ai voulu aussi dire aux jeunes maghrébins, qui se découvrent homosexuels, qu’ils ne sont pas seuls au monde. Dans tous les pays, sur tous les continents, dans toutes les civilisations, il y a eu, et il y aura encore, des millions de gens comme eux, comme moi. Il n’y a pas, et il ne pourra jamais y avoir de « désherbant » contre la mauvaise herbe que constitue, aux yeux des homophobes, l’homosexualité !

 

Gd : Comment avez-vous choisi le titre « Tronche de cake ou le petit zamel » ? Ne pensez-vous pas que le mot « zamel » est un peu provocateur ?

A. A. : Si, justement, c’est fait exprès ! Je revendique d’être un pédé, une tapette, un inverti, une tante… etc. (la liste est très longue) et un zamel, en arabe. Cela ne me dérange absolument plus. La seule opinion qui m’intéresse est celle des gens que j’aime. Les autres, je les emm… ! Je vais vous avouer une chose : ce qui m’a le plus choqué, dans ma vie, ce ne sont pas les insultes, les coups de poings, les ricanements ou les brimades. Un soir, je suis arrivé à une terrasse de café ou quelques amis hétéros (au courant de mon homosexualité) étaient en train de prendre un verre. Je leur ai dit bonsoir à tous, en leur faisant la bise ou en leur serrant la main. Il n’y avait qu’une personne que je ne connaissais pas et qui a gardé les bras croisés devant ma main tendue. Je crois que j’ai eu plus mal que s’il m’avait filé un coup de poing en pleine gueule. Peut-être croyait-il que l’homosexualité était contagieuse, et qu’en me serrant la main il risquait de l’attrapper ? C’est ce que je lui ai dit, et mes amis se sont foutus de lui !

 

Gd : Quel est votre personnage préféré, et pourquoi ?

A. A. : En fait, il y en a deux : Babeth et Rachid. Babeth parce qu’elle est amoureuse de Thibaud et que, se rendant compte qu’elle n’est pas payée de retour, elle continue à l’aimer en se dévouant pour le rendre heureux avec d’autres. Et il y a Rachid : Une âme pure, désintéressée, qui, comme Babeth, pourrait aimer sans être aimé, et qui va jusqu’au bout du don de soi pour celui qu’il aime. Jusqu’à se tuer pour le protéger. C’est le « Roméo » dont je vous parlais au début de notre entretien. Dieu seul sait combien il y a de jeunes Roméo homosexuels qui se suicident tous les ans ! Mais le sujet est tabou. Aucune statistique dans ce domaine. Cela n’existe pas ! On parle simplement de « crise d’adolescence » !

 

Gd : Quelle scène, dans votre roman, vous a le plus fait rire ou pleurer ?

A. A. : La plus rigolotte, c’est celle de mon frère Calou (Pascal) qui avait fait le mur pour aller à une boum en descendant par le balcon avec une corde et qui n’a pas pu remonter. Elle est véridique !

Par contre, la lettre d’adieu de Rachid à Thibaud m’a tellement bouleversé que je n’ai pas pu la terminer, tant j’avais les yeux noyés de larmes et ne voyais plus les touches de mon ordinateur. Et, pendant deux mois, je n’ai pas pu écrire une seule ligne. J’étais en deuil de Rachid !

 

Gd : Quelle a été la plus mauvaise critique ou le plus beau compliment que l’on vous ait fait, comme auteur ?

A. A. : La plus mauvaise critique, je me la suis faite moi-même, lorsque j’ai relu le tapuscrit pour donner le « Bon à tirer » à l’éditeur. J’ai trouvé que j’étais un peu trop « chaud » dans les scènes d’amour. Puis, j’ai réfléchi que, quand on fait l’amour au 21e siècle, non seulement on ne pense pas, mais on ne parle pas non plus comme Mme de La Fayette dans « La Princesse de Clèves » où le simple fait de voir le bout du pied d’une demoiselle mettait un homme en émoi (et en rut !). Par contre, les plus beaux compliments sont venus de filles hétérosexuelles, dont mes nièces, qui ont adoré mon roman, alors que je pensais n’avoir écrit que pour des lecteurs gays (et lubriques!) Ce qui prouve bien que les sentiments « vrais » sont universels.

 

Gd : Votre roman sera-t-il disponible dans les pays du Maghreb ? Comment peut-on l’obtenir ?

A. A. : Je pense que certains libraires évolués ou « gay friendly » pourront le proposer, comme l’a été le roman « Le dernier combat du capitaine Ni’mat » de l’écrivain marocain Mohamed Leftah, aux Editions de la Différence, qui a reçu le Prix de La Mamounia 2011 à Marrakech, et que je vous recommande chaudement. Sinon, vous pourriez le commander sur internet chez : www.cultura.fr, www.fnac.fr, www.adventice.com, www.chapitre.com ou www.alapage.com etc… Il devrait sortir bientôt, Inch’Allah !

 

Cliquez ici pour téléchargez gratuitement les 9 premiers chapitres : Troche du cake ou le petit zamel par Alexandre Alerini.  

 

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